Projet réinventer Toumliline

 

Toumliline, « les pierres blanches » en berbère, est situé dans le Moyen-Atlas, près de la petite ville d’Azrou. Un monastère chrétien, bénédictin, y fut édifié en 1952, sous le protectorat français. A l’indépendance, les moines furent autorisés à rester en raison de leur démarche de dialogue, d’accueil et de fraternité à l’égard des autorités marocaines et de la population.

Durant l’année, les moines mettaient à la disposition des populations environnantes des bibliothèques et un dispensaire ; et aux étudiants venus de tout le Maroc, des cycles de cours de langues, de culture générale et de formation professionnelle étaient dispensés.

De 1956 à 1968, le monastère accueilli les « Rencontres Internationales » de Toumliline qui ont rassemblé pour débattre des personnes venues d’Afrique, du monde arabe, d’Asie, d’Europe et d’Amérique, de toutes confessions, et de toutes opinions politiques. Les premières rencontres internationales se sont tenues sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed V. Feu Sa Majesté le Roi Hassan II, alors prince héritier, présida la session de 1957, à laquelle participa Feue Son Altesse Royale Lalla Aïcha en intervenant sur l’émancipation de la femme marocaine.

Lieu de débats politiques, sociaux et œcuméniques, monastère chrétien en terre d’islam ayant vécu en bonne entente avec les populations locales et avec les institutions officielles, Toumliline accueillit une expérience qui témoigne de la possibilité d’ouvrir à nouveau des espaces de dialogue sur les affaires de la cité et du citoyen à portée universelle.

Le projet « Réinventer Toumliline » porté par la Fondation Mémoires pour l’Avenir (FMA) consiste à faire découvrir l’histoire de ce lieu et à mettre en lumière ces rencontres internationales, à travers des expositions, des livres et des documentaires. Au-delà de la construction d’outils destinés à la transmission de la mémoire, il s’agit de témoigner, que les positions du Maroc sur la nécessité de défendre le vivre ensemble, ne sont pas de l’ordre de la posture mais correspondent à une constante historique. La remettre en lumière, c’est s’y ressourcer.

« Réinventer Toumliline », c’est aussi investir à nouveau ce lieu et le renouveler en tant que lieu d’accueil, de débat, de culture et de formation à destination des populations de la région et de l’ensemble des Marocains ; c’est enfin en faire un lieu de rassemblement en Afrique et dans le monde arabe des forces intellectuelles qui défendent un projet de société ouvert et démocratique.

Le présent projet ne se veut pas être la reproduction de ce qui fut dans les années 50. L’objectif est d’ouvrir, dans un lieu chargé d’histoire, un espace nouveau, s’inspirant d’une démarche antérieure positive et destiné à contribuer à la mise en place et à la déclinaison de l’actuelle stratégie d’ouverture, articulée entre autres autour des problématiques contemporaines de la citoyenneté, de la culture, de l’éducation et de l’environnement.

Ce lieu aura une vocation multiple organisée en plusieurs axes : Mémoire, Education, Culture, Echanges et rencontres, Centre de formation. Chaque axe sera décliné en projets de court, moyen et long terme et chaque thématique sera pensée en fonction de tous les publics (enfants, jeunes, adultes, nationaux, étrangers). Chaque projet aura une répercussion positive sur l’environnement local.

« Réinventer Toumliline » s’inscrit dans le sillage du Message Royal du 25 janvier 2016, adressé aux participants au Congrès sur « Les droits des minorités religieuses en terre d’Islam » tenu à Marrakech. Sa Majesté le Roi a rappelé que « [] le Maroc a été un pays précurseur en matière de dialogue interreligieux. En effet, au lendemain de l’indépendance obtenue en 1956, il se tenait, chaque été au monastère de Toumliline – situé sur une montagne de la région de Fès et occupé anciennement par des moines bénédictins- un rassemblement d’intellectuels et de penseurs, notamment musulmans et chrétiens, auquel prenaient part des personnalités d’envergure comme le célèbre penseur chrétien Louis Massignon. [...] »

Le projet va dans le sens également du Discours Royal du 20 août 2016 à l’occasion du 63ème anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple.